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John Dorie

Alfred Hitchcock présente (article)

Publié dans #Article

Alfred Hitchcock présente (article)

La série télévisée Alfred Hitchcock Présente est composée de 268 épisodes d’une durée de 26 minutes, en noir et blanc, diffusée entre le 2 octobre 1955 et le 25 septembre 1960 sur le réseau CBS, puis entre le 27 septembre 1960 et le 26 juin 1962 sur le réseau NBC. En septembre 1962, la série The Alfred Hitchcock Hour (Suspicion) a pris le relais. Certains épisodes sont un peu bâclés, mais la plupart sont de véritables bijoux. Ce sont des histoires courtes s'appuyant sur des intrigues policières à la fois macabres et humoristiques, ménageant systématiquement un retournement de situation de dernière minute. Les épisodes se retrouvent autour d'un concept simple : l'exploration des relations sociales humaines d'un point de vue cynique. Les idées sont intelligentes et il n'y a jamais cette impression de déjà-vu, ce qui est très important. Pour chaque épisode, précédé du dessin fétiche arborant son profil, Hitchcock annonçait les pires horreurs avec son inimitable ton pince-sans-rire, n'hésitant pas à mettre en boîte les annonceurs, d'abord furieux, puis très vite ravis du succès de la formule.

Alfred Hitchcock demeure une source d’inspiration pour les écrivains. Alors qu’il écrivait The Woman in the Window (La femme à la fenêtre), l’un des romans les plus vendus jusqu’à présent en 2018, l’auteur A. J. Finn avait en tête le grand maître du suspense. Il déclara dans une interview : « Hitchcock a prouvé que le suspens peut être aussi efficace, sinon plus, que la surprise, que la retenue et le bon goût peuvent l’emporter sur les tactiques pour faire peur et les trucs faciles, que le style peut mettre en valeur une histoire plutôt que l’écraser. Par-dessus tout, il a mis l’accent sur la psychologie, du complexe d’Œdipe de Norman Bates à la folie à deux qui aveugle les tueurs dans Rope (La corde), de l’obsession grandissante de James Stewart dans Vertigo (Sueurs froides) à l’entrée difficile dans l’âge adulte de Teresa Wright dans Shadow of a Doubt (L’ombre d’un doute). Avec The Woman in the Window, j’ai essayé de puiser dans cette sophistication intemporelle et cette légendaire profondeur psychologique. »

« Le terme hitchcockien a été créé pour décrire certaines qualités qu’il a illustrées », expliqua pour sa part Paul D. Marks, un auteur de romans policiers ayant remporté plusieurs prix. « Il ne les a peut-être pas toutes inventées, mais il les a certainement faites siennes. Des choses comme des innocents accusés ou pris au piège dans le cadre d’événements qu’ils ne comprennent pas et dont ils doivent se sortir. Des personnes ordinaires happées par ces situations, ressentant comme un vertige jusqu’à ce qu’elles retrouvent leurs repères et un semblant de vie normale. »

Michael Mallory, un historien du cinéma et auteur de romans policiers, a reconnu avoir été influencé par Hitchcock et les écrivains dont il a adapté les œuvres. Il inclut Robert Bloch, à qui l’on doit le roman Psycho (Psychose) à l’origine du film du même nom devenu un classique dans le domaine de l’horreur. Selon M. Mallory, son histoire la plus « hitchcockienne » se déroule sur un bateau, comme le long métrage Lifeboat d’Alfred Hitchcock. Il met en scène un homme qui invite un ami sur son bateau pour un après-midi de pêche qui devient le prétexte à une sanglante vengeance contre le présumé ami impliquant une machette et des eaux infestées de requins.

Au temps où il fut critique aux Cahiers du cinéma, François Truffaut prit plus d’une fois la défense de cinéastes américains comme John Ford et Howard Hawks, des « artisans » aux États-Unis, des « auteurs » en France. Alfred Hitchcock, en particulier, eut la faveur des futurs instigateurs de la Nouvelle Vague. En effet, Truffaut se prit littéralement de passion pour l’œuvre du maître du suspense, à l’instar d’ailleurs de ses collègues Claude Chabrol et Éric Rohmer avant lui.

En 1962, désormais réalisateur célébré des films Les 400 coups, Tirez sur le pianiste et Jules et Jim, Truffaut écrivit à son idole afin de solliciter sa participation à une série d’entrevues fleuves. De l’exercice naquit le livre définitif sur Hitchcock. Témoignages de plusieurs d’entre eux à l’appui, Kent Jones revient sur la création et les répercussions d’un ouvrage devenu incontournable pour les cinéastes dans le documentaire Hitchcock/Truffaut. Découpé de manière chronologique, le livre Hitchcock/Truffaut, d’où le titre du documentaire, consiste en un long jeu de questions et de réponses au gré duquel les deux réalisateurs passent en revue toute l’œuvre d’Hitchcock. Truffaut publia une version mise à jour peu avant sa mort. Précis et sincères, les propos d’Hitchcock sont inestimables pour quiconque s’intéresse au 7e art.

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